Paris n’aime pas les grosses

Après la grosse Bertha, ce sont les grosses voitures qui sont dans le viseur de la Capitale. 54,55 % des maigres 78 121 Parisiens qui ont pris part à la votation (soit un taux de participation de 5,6 % qui fera passer les prochaines européennes pour un plébiscite), décidée en pleine sortie de route du Tahitigate, ont approuvé « la création d’un tarif spécifique pour le stationnement des voitures individuelles lourdes, encombrantes et polluantes » (concrètement, une multiplication par trois du tarif dû). Une présentation quelque peu trompeuse, puisque dans les faits, seul le poids est visé. Seront en effet concernés « les propriétaires d’un véhicule thermique ou hybride rechargeable de 1,6 t ou plus », « les propriétaires d’un véhicule électrique de 2 t ou plus » et « les visiteurs détenteurs d’un SUV dépassant le poids réglementaire ». Cette dernière catégorie ne manquera pas d’occuper les juristes, car la notion – marketing – de SUV n’a aucune définition légale et, partant, aucun « poids réglementaire ». On relèvera de même que seul le « visiteur » (et par la même pas électeur) est concerné – le résident parisien stationné dans sa zone de stationnement autorisé étant, lui, épargné par la mesure, prévue pour entrer en vigueur le 1er septembre 2024.
S’agissant des deux premières catégories, on relèvera que certains propriétaires qui auront abandonné leur vieux diesel pour investir dans des voitures moins polluantes risquent de s’en mordre les doigts : la Peugeot 308 hybride rechargeable, par exemple, dépasse la 1,6 t. Et celui qui aura retenu la 100% électrique e-3008 n’échappera pas non plus à la surfacturation… « Je ne veux pas remplacer la voiture d’aujourd’hui par une option électrique et automatisée ; ce n’est pas l’avenir que j’envisage », avoue clairement à l’association Eurocities l’adjoint à la maire de Paris, David Belliard. Il souligne par ailleurs que « c’est assez exceptionnel que les gens votent en faveur d’une taxe supplémentaire ». Il est à craindre que cela ne le soit pas tant que cela quand le décideur n’est pas le payeur. Et l’élu de s’interroger à propos des propriétaires de ces véhicules : « Ont-ils besoin de dépenser 50.000€ dans une voiture qu’ils n’utilisent pour son usage réel que moins de 5% du temps ? » On notera encore que l’association internationale Transport et Environnement (T&E), auto-revendiqué principal groupe de pression pour les mobilités propres en Europe, a surtout récemment alerté sur l’élargissement des véhicules, une dimension qui n’est pas traitée par la mesure parisienne. Citant l’ONG Conseil international pour les transports propres, l’étude de T&E estime que la largeur moyenne des voitures dans l’UE est passée de 170,5 cm en 2001 à 180,2 cm en 2020. « Parmi les 100 premiers modèles de 2023, 52 % étaient trop larges pour l’espace de stationnement minimum spécifié dans la rue (180 cm) dans les grandes villes, y compris Londres, Paris et Rome », calcule pour sa part T&E. On rappelle toutefois que la norme française pour la largeur dans les parkings publics est de 2,30 m en bataille, de 2,20 m ou 2,25 m en épi (suivant l’angle retenu) et de 2,3 m en créneau (2,5 m si mur à gauche, 2 m si mur à droite). Elle doit en outre être augmentée en présence d’un obstacle.

Mais Paris n’est pas la seule ville anti-sumo. La ville de Lyon a également prévu une nouvelle tarification de son stationnement, qui sera à la fois fonction de la situation financière et familiale des résidents et du poids des véhicules. Le tarif sera majoré pour les véhicules thermiques de plus de 1,525 t, les hybrides rechargeables de plus de 1,9 t et les véhicules électriques de plus de 2,1 t.